Analyse de l'alcool brut
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Analyse de l'alcool brut
Pour reconnaître les impuretés qui se rencontrent dans l'alcool brut, dans les flegmes, et en déterminer la quantité (voy. p.446 et 451), on peut se servir des méthodes suivantes.
Aldéhyde
Parmi les nombreux réactifs qui ont été indiqués pour la recherche de l'aldéhyde dans les alcools bruts, celui de SCHIFF ou de GAYON (bisulfite de rosaniline) est l'un des plus sensibles. Pour préparer ce réactif (d'après GAYON), on dissout 1gr. de fuchsine dans 1 litre d'eau et on ajoute 20gr. de bisulfite de sodium, puis 10gr. d'acide chlorhydrique concentré. On ajoute 1 volume du réactif ainsi obtenu (qui n'est réellement sensible que quelques jours après sa préparation) à 2 volumes de l'alcool à essayer, on agite et on laisse reposer. S'il n'y a pas d'aldéhyde, le mélange reste incolore, mais prend, dans le cas contraire, une coloration rouge violacé, qui est d'autant plus intense qu'il y a plus d'aldéhyde. Si l'on veut doser celle-ci, on compare la coloration obtenue avec un mélange en proportions connues d'alcool pur et d'aldéhyde pure.
Le réactif de GAYON est le plus communément employé, mais, suivant LANG, on devrait lui préférer le chlorhydrate de métaphénylène-diamine, proposé par WINDICH, et qui avec les liquides alcooliques contenant de l'aldéhyde donne une coloration jaune orangé, se transformant au bout de quelque temps en une belle fluorescence verte<ref>ROCQUES a indiqué récemment une méthode volumétrique pour le dosage de l'aldéhyde (Académie des sciences, séance du 10 octobre 1898)</ref>.
Acides et éthers
Les acides sont déterminés quantitativement par le procédé acidimétrique. Pour doser les éthers, on fait bouillir l'alcool avec une quantité mesurée et en excès de soude titrée, puis quand on juge la saponification complète on détermine avec une solution titrée d'acide sulfurique la quantité de soude employée à la saponification des éthers<ref>E.BASSET et BAUDRIER opèrent la saponification des éthers au moyen du sucrate de chaux (Comptes rendus du deuxième Congrès de chimie appliquée, t. I, p. 470).</ref>.
1 litre de flegme a exigé, par exemple, pour sa saturation 0,9cm3 de soude titrée correspondant à 100gr. d'acide sulfurique monohydraté par litre. L'acidité de ces flegmes, exprimée en acide acétique, sera, par conséquent, égale à <math>2$\frac{0,9\ *\ 60}{49}\ =\ 0,11gr.</math> On a ajouté à 1 litre de flegme 20cm3 de la même solution alcaline et ensuite fait bouillir ; la saponification achevée, il a fallu pour ramener la neutralité 5,5cm3 d'acide titré ; par conséquent, 20 - 5,5 = 14,5cm3 représentent la quantité de soude combinée aux acides du flegme, dont 0,9 aux acides libres et 13,6 aux acides des éthers ; ces derniers correspondent par conséquent à 1, 6 gr. d'acide sulfurique monohydraté par litre ; l'équivalent de l'éther acétique étant 88, si l'on veut exprimer en fonction de ce dernier la teneur totale de l'alcool en éthers, on aura <math>2$\frac{1,36\ *\ 49}{88}\ =\ 1,894gr.</math> d'éther acétique par litre.
Alcools supérieurs
Il a été proposé de très nombreuses méthodes pour la détermination des alcools supérieurs, dont la majeure partie est dans la plupart des cas représentée par l'alcool amylique. Nous allons en indiquer quelques-unes.
Une quantité, même faible, d'alcool amylique mélangée avec de l'alcool ordinaire modifie la tension capillaire de ce dernier et, en réduisant l'alcool essayé à un degré déterminé, on peut évaluer sa teneur en alcool supérieur d'après la hauteur à laquelle il s'élève, à une température donnée, dans un tube capillaire. C'est sur ce principe que repose le capillaromètre imaginé par THAUBE pour la détermination des alcools supérieurs dans l'alcool ordinaire.
Le compte-gouttes de DUCLAUX est également basé sur les lois de la, capillarité : les différents alcools présentent des tensions superficielles différentes et donnent en s'écoulant d'un tube effilé et pour un volume déterminé, un nombre de gouttes assez différent pour que ce nombre puisse indiquer la nature du liquide dont elles sont formées, et le procédé est d'autant plus exact que le liquide est plus dilué. DUCLAUX a dressé des tables pour les mélanges d'alcool éthylique avec l'alcool amylique ou butylique, le mélange alcoolique étant supposé marquer 5° à l'alcoomètre de GAY-LUSSAC.
Le tableau suivant indique les résultats qu'il a obtenus en opérant avec 5cm3 d'alcool à 5° G.-L., renferment des doses croissantes d'alcool amylique.
Cette table étant dressée pour la température de 15°, il est indispensable d'opérer à cette température. Mais la méthode n'est réellement exacte que pour le cas de mélanges de deux alcools ; elle peut, malgré cela, fournir de précieuses indications.
Le procédé imaginé ROESE est basé sur l'absorption des alcools supérieurs par agitation du liquide impur avec du chloroforme, et la mensuration de la hauteur de la couche que forme ce dernier après repos. Suivant BARDY, il convient d'opérer avec l'alcool dilué à 30 p.100, à la température de 15° et en présence de 20 p.100 de chloroforme. Le volume de celui-ci augmente de 1,55cm3 quand on augmente la teneur d'un alcool pur de 0 à 1 p.100 d'alcool amylique.
BANG absorbe les alcools supérieurs par le pétrole léger purifié par l'acide sulfurique, puis il traite l'hydrocarbure chargé des alcools par l'acide sulfurique concentré et il évalue la quantité de ces derniers d'après l'intensité de la teinte jaune orangé ou brune, que produit l'action de l'acide.
Les réactifs dont il va maintenant être question, l'acide sulfurique et le permanganate de potassium, ne peuvent servir que pour la détermination en bloc des impuretés.
L'alcool chauffé avec son volume d'acide sulfurique concentré prend une coloration d'autant plus intense qu'il renferme plus d'impuretés. En comparant la teinte produite avec celle de solutions de perchlorure de fer, on peut se rendre compte approximativement de la proportion de l'ensemble des impuretés contenues dans l'alcool.
Le diaphanomètre, imaginé par SAVALLE pour la détermination du degré de pureté des alcools rectifiés, est basé sur l'emploi de l'acide sulfurique, et l'évaluation des impuretés est faite par comparaison avec des verres teintés.
Le permanganate de potassium mis en contact avec de l'alcool se décolore au bout d'un temps variable avec la nature et la quantité des impuretés. renfermées dans le liquide ; 2cm3 d'une solution de permanganate à 1 décigramme par litre se décolorent au bout de une à cinq minutes en présence de l'aldéhyde, au bout de dix minutes en présence de l'alcool propylique et de l'alcool isobutylique, au bout de vingt minutes en présence de l'alcool amylique et restent colorés plus longtemps encore en présence d'alcool éthylique pur. La méthode d'essai des flegmes et de l'alcool rectifié imaginé par E. BARBET est basée sur l'emploi de ce réactif, qui est d'ailleurs d'une grande sensibilité et est le seul qui, en dehors de la dégustation, permette de déterminer exactement le degré de raffinage d'un alcool.
Furfurol
Le furfurol peut être facilement reconnu et même dosé colorimétriquement à l'aide du procédé indiqué par JOBISSEN, lequel est basé sur la coloration rouge que donne le furfurol au contact, de l'acétate d'aniline. Dans un tube à essais, on verse 1 cm3 d'aniline pure et 1cm3 d'acide acétique cristallisable également pur ; sur ce mélange, qui doit rester incolore, on verse 3cm3 de l'alcool à essayer. La coloration rouge se produit avec d 'autant plus de rapidité et d'intensité que la proportion du furfurol est plus grande. Pour le dosage, on prépare une échelle de comparaison avec une solution de safranine, que l'on met dans des tubes à essais de même diamètre que ceux dont on se sert pour l'expérience, et dont on règle la coloration, une fois pour toutes, sur des échantillons types contenant de 0,005 à 0,1 p.100 de furfurol.
L'analyse des alcools offrant une grande importance industrielle et ne pouvant ici nous étendre plus longuement sur les nombreuses méthodes proposées dans ce but, parmi lesquelles nous n'avons pour ainsi dire qu'esquissé quelques-unes des plus usitées, nous renverrons aux ouvrages spéciaux et notamment à ceux de H.ROCQUES (Analyse des alcools et des eaux-de-vie) et de CH.GIRARD et L.CUNIASSE (Manuel pratique de l'analyse des alcools et des spiritueux), ainsi qu'aux travaux publiés par E.BARBET dans les Comptes rendus du deuxième Congrès de chimie appliquée (t. I, p.464) et dans les Annales de la brasserie et de la distillerie (Année 1898).
Notes
<references/>
